Vraignes-en-Vermandois

A la recherche du Passé de Pœuilly et de ses environs : des passionnés ont remonté l'Histoire...


La Révolution française et l’abolition 

des privilèges

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Extraits de journaux

Cette forteresse étonnante, ce colosse effrayant a donc été emporté d'assaut par une milice indisciplinée et sans chef, par des bourgeois inexpérimentés, soutenus il est vrai de quelques soldats de la Patrie; enfin, par une poignée d'hommes libres. 0 sainte liberté, quelle est donc ta puissance? La nouvelle d'un événement aussi grand, aussi glorieux, répandit la joie dans tous les quartiers de la ville...
 Extrait du numéro 1 du journal "Les révolutionnaires de Paris" du 15 juillet 1789.

On apprit bientôt à Versailles que la populace s'était jetée sur l'Hôtel des Invalides et avait enlevé 30 000 fusils ; que, de là, elle s'était portée à la Bastille et qu'après deux ou trois heures de pourparlers, le gouverneur avait été attaqué et forcé avec sa petite garde d'invalides.... Le peuple, irrité de sa résistance et de la mort de quelques bourgeois tués dans l'attaque, le traîna jusqu'à la place de Grèves et lui trancha la tête. Cette tête, promenée dans les rues de Paris au bout d'une lance, fut portée au Palais-Royal. C'est à quoi se réduit la prise de la Bastille, tant célébrée par la populace parisienne. Peu de risques et beaucoup d'atrocités de sa part...

Extrait de « Le Journal Politique National » du 28 Juillet 1789

L'abolition des privilèges


La nuit du mardi 4 août 1789 est la date la plus fameuse de notre histoire parlementaire : elle marque le moment où un ordre juridique et social façonné par les siècles, composé d’une hiérarchie d’ordres, de corps et de communautés séparés, et définis par des privilèges, s’est en quelque sorte évanoui, pour laisser la place à un univers social repensé comme un ensemble d’individus libres et égaux, soumis chacun à l’autorité universelle de la loi.

François Furet, Dictionnaire critique de la Révolution française, extrait.


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La grande Peur

Au mois de juillet 1789, la France connaît la Grande Peur. Dans chaque province, les paysans attaquent les châteaux et brûlent les archives qui justifiaient les privilèges des seigneurs depuis le Moyen Âge. Les nobles s’enfuient et émigrent à l'étranger. Pour calmer la colère des paysans français et donner un sens à la Révolution naissante, l'Assemblée nationale constituante discute la mise en oeuvre de l'abolition des privilèges et droits féodaux qui fondent la société d'ordres. Leur abolition est proposée dans la nuit du 4 au 5 août 1789 par un noble libéral, le vicomte de Noailles.Vraigne_Expo14

Quels changements apporte la Révolution aux paysans.

Le paysan est devenu citoyen, il vit désormais dans une commune avec des élus municipaux qui remplacent la paroisse et ses représentants : le curé, les propriétaires et le seigneur.
Dans la nuit du 4 août ont été supprimés : la mainmorte (le serf ne peut transmettre son patrimoine au reste de sa famille, après sa mort, ses biens revenaient à son seigneur).
les corvées (elles sont un impôt consistant en un travail obligatoire, effectué gratuitement sur le domaine du seigneur.
 Le banc
du seigneur à l'église.
 La dîme.
  Les citoyens français sont majoritairement des paysans. Ce sont les hommes du peuple par excellence. De l'été 1789 à l'été 1790, ils sont massivement favorables à la Révolution, tout en restant rattaché au Roi. Mais il a fallu plusieurs semaines pour que ces décisions se traduisent en actes.
  Cette abolition sans indemnité des droits féodaux ne concernait que les droits "personnels". Les droits "réels" (taxes, redevances) étaient considérés comme établis contractuellement, assimilables à des propriétés, et leur abolition ne serait donc possible que par rachat.      L'abolition de la dîme (à condition toutefois que le clergé ne l'ait pas "inféodée") était d'un bénéfice immédiat.
  Cette situation explique l'effervescence qui a eu lieu dans les campagnes entre 1790 et 1791, et provoqua finalement, le 10 août 1792, une nouvelle Révolution qui ira jusqu'à l'exécution du Roi le 10 août 1792 : Le château des Tuileries est pris d'assaut ; Louis XVI, réfugié au sein de l'Assemblée, est suspendu.
  Sous la pression de la commune de Paris, l'Assemblée Constituante prit une série de décrets prévoyant que les droits seigneuriaux "réels" seraient abolis gratuitement si le seigneur n'en produisait pas le titre originel. Beaucoup étaient difficiles à produire, et l'agitation de la Grande Peur avait détruit le reste. "ce fut la journée du 10 août 1792, bien plus que la nuit du 4 août 1789 qui abolit le régime féodal" - J. Godechot - Voir le texte ci-après de la loi du 25 août 1792.
  Le 17 juillet 1793, la nouvelle majorité "montagnarde" abolit les derniers droits seigneuriaux, événement qui sera particulièrement célébré lors de la grande fête anniversaire du 10 août 1793.

Vraigne_Expo15Détail du début de la Loi

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Détail des Articles II, III et IV

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Frise situant la vie d’Hector CRINON et de Raymond BEAUCOURT en parallèle des régimes politiques

17 ans après la Révolution naît Hector CRINON.
 Il connaîtra durant sa vie de nombreux régimes
 politiques qui se succèderont de manière accélérée
dans une période troublée. Il mourra le 4 Septembre
1870, le jour-même de la proclamation de la IIIe République.

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Raymond BEAUCOURT naît en 1867, 3 ans après le décès d’Hector CRINON. Il a 3 ans quand la IIIe République est proclamée en 1870. Il connaîtra ce régime politique stable jusqu’à sa mort en 1926.

Extrait des tables décennales des naissances à Vraignes-en-V. de 1792 – 1902 Archives Départementales de la Somme

D’après cet extrait des tables des naissances à Vraignes, Raymond Beaucourt est né le 6 avril 1867. On notera, que son premier prénom est « Paul » et que l’usage (comme souvent) utilisait son second prénom : Raymond, qui est ici orthographié : Rémond sur ce registre !Vraigne_Expo19

1
Avant 1789

 La monarchie absolue de droit divin. Le roi a tous les pouvoirs Roi de père en fils.
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1789 La Révolution française

•Le peuple se révolte
•La monarchie constitutionnelle se met en place :
•Un roi (Louis XVI) et des députés au pouvoir
3
1792 – 1804 La première République

 Période de terreur Difficultés à défendre les idéaux de la République et à rétablir l'ordre Le tribunal révolutionnaire Punit les ennemis de la Révolution.
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Après 1870 Troisième République

La France De 1789 à 1870

4
1799 – 1815 Consulat – Empire

•1799 coup d'état de Napoléon Bonaparte
•1804 l'Empire
•1815,défaite de Napoléon à Waterloo, fin de l'Empire
7
1852 – 1870 Le second Empire
 Napoléon III proclame le second Empire Régime politique autoritaire Victor Hugo exilé durant 18 ans pour avoir critiqué le régime.
6
1848 – 1852 La deuxième République

Après la révolution de 1848 Louis Napoléon Bonaparte devient président de la République pour 4 ans.
5
1815 – 1848 La monarchie constitutionnelle

Louis XVIII Charles X Louis Philippe

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Extrait des Satires Picardes début du texte « Sur la politique » 

Traduction de la partie surlignée !

« Notre Pays n’a généralement que peu de respect pour le gouvernement »

Passage, ô combien réaliste et toujours d’actualité, que nous pourrions transcrire :


« Qu’il soit blanc, tricolore ou bien rouge, Qu’il recule, avance, remue ou bien qu’il ne bouge, Ami de la paix, paisible ou querelleur Aussi bon que du pain ou méchant comme un loup, Comme Louis XVI ou comme Robespierre, Le peuple s’empresse de lui jeter la pierre. »


dans les « Satires picardes » Extraits du poème
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Vraigne_Expo23Et le poème se termine ainsi :
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Point de vue d’Hector CRINON sur la politique, lui qui, dans sa vie, a connu tant de régimes politiques successifs.

Cette suite d’extraits avait été traduite par les auteurs Gisèle GUILBERT et Brigitte PLAQUET, de la façon suivante (dans le livre « Hector Crinon – Satires Picardes – Ed. La Vague verte »)

Tandis que le Roi se coupe en deux pour la nation
Celui qui n’a rien ne pense qu’à sa personne :
Quand il est bien avec lui, tout l’est :
L’autre (le Roi) a beau faire, à quelques-uns il déplaît
Si le pain augmente ou que le commerce baisse
L’ouvrier l’accuse de sa fringale,
….
De tous nos malheurs nous le rendons responsable,
Nous lui mettons sur le dos tous nos avatars,
Les blés fondus jusqu’aux enfants mal conformés,
Le choléra, la grêle enfin toutes nos peines,
Sans lui tenir compte de nos bonnes campagnes,
….
Pas plus que de gens, il n’y a de chevaux parfaits,
 Faut les user comme le Bon Dieu les a faits ;
On se met plus mal en voulant trop bien se mettre.
C’est cet exemple tel que je viens de vous le raconter
Preuve qu’il faut savoir se contenter ;
Qui risque trop, peut perdre sa bourrique,
Qui jette un roi récolter la république !
On ne s’en souvient qu’en parlant de liberté
D’égalité et de fraternité, Le républicain, orgueilleux de son mérite,
Voulait tant de fois qu’il avait dans l’eau bénite,
Aux incrédules imposer sa religion.
Nous sommes assez enclins à changer de maître,
Goût qui nous a procuré quelques défaites ;
….
Nous ne sommes pas mal retombés sur nos pattes ;
Contentons-nous donc de Bonaparte.
L’homme le plus saint, le Roi le plus comme il faut,
 Croyons-le bien, il a son petit défaut.
Celui-ci qu’on dit, nous tient trop fort la bride.
….
Comme les enfants, quand le maître est dehors,
 Font les cent coups et feraient crouler l’école,
Dessous la république abusant de la parole,
Tous les Français braillent au plus fort,
Sans réussir à se mettre d’accord ;
 ….
En attendant marchent les poings et les coudes,
Quand tout à coup quelqu’un crie : le maître !
Tous, aussitôt se rangent en le voyant paraître
Dessous son nom glorieux comme étouffé,
Le partageux, le socialiste et le rouge,
Le maître rentré, plus un ne bouge,
Comme à l’école on ne les entends plus crier.
...

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….
Et les brouillons ont bien raison de se plaindre
Que Napoléon ne prend pas seulement la peine,
L’ingrat qu’il est de les consulter,
Tandis qu’avant du temps de leur République,
 Il suffisait au porcher le plus bête,
Et que de grands mots et beaucoup d’ambition
Pour arriver à représenter la nation
Aussi que des gens, dans l’espoir de devenir pape,
Font le bigot et veulent porter chape ;
Le plus ahuri si vous lui en donnez le droit,
Se croirait capable et de taille à devenir Roi.
Comme des chevaux qui se battent à l’écurie,
Et, s’abîmeraient sans cela dans leur furie,
Napoléon a pris le bon moyen.
Aux Français qui s’étranglent l’un l’autre,
De leur raccourcir un peu le lien,
Que nous ne devrions pas reprocher comme faute,
S’il nous tient court, cela n’est-il pas pour notre bien ?
Si l’on n’a plus l’aise de donner des gifles
On ne reçoit plus non plus de claques
Grâce à l’empereur, qu’on ne pouvait mieux trouver ;
Puisse le Bon Dieu longtemps nous le conserver !
Bonaparte,
 Ier Consul,
franchissant les Alpes,
au Mont Saint-Bernard
le 20 mai 1800,

Jacques Louis David
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Napoléon III
portraituré par
Alexandre Cabanel,
palais de Compiègne,
vers 1865.
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